Dans le cadre de notre nouvelle série #SoilPioneers, AQUA4D s'entretient avec certaines des personnes qui ont un impact tangible à travers le monde au nom de la santé des sols et de l'agriculture régénérative. Cette semaine, nous discutons avec Bastien Sachet, PDG de la Earthworm Foundation, qui promeut la cause de l'agriculture régénérative à travers le monde.

Q : Bastien, tout d'abord, comment définiriez-vous l'agriculture régénérative ?

R : Pour moi, je la définirais plutôt par son contraire : elle n'est pas extractive, mais elle régénère les sols, la biodiversité et les éléments qui permettent aux plantes de pousser. Nous pouvons ajouter à cela une dimension sociale : en régénérant la nature, cela régénère également les personnes. Pour moi, l'agriculture est un lien entre les personnes et la nature. L'agriculteur est le lien entre ce que les plantes vous donnent et ce que vous consommez ensuite en tant qu'être humain. L'agriculture régénérative est une approche qui, une fois mise en œuvre, apporte plus à tout le monde qu'auparavant.

Q : Une partie de la mission d'Earthworm consiste à «régénérer les chaînes d'approvisionnement en restaurant les sols »; quelles variables ont un impact sur la santé des sols ?

R : Nous avons essayé de déterminer comment mesurer la santé des sols d'une manière scientifique, mais aussi pratique. Nous nous intéressons ici à trois éléments : la fertilité physique, la fertilité chimique et la fertilité biologique. Nous combinons ces éléments pour obtenir un indicateur de la santé des sols. Souvent, des facteurs tels que le pH et la bioturbation sont des indicateurs d'autres éléments. Bien sûr, tout cela évolue très lentement, c'est pourquoi nous travaillons également avec des éléments tels que la couverture végétale et la couverture verte (que nous vérifions par satellite) afin d'examiner ce que les agriculteurs font déjà de positif.

Q : Comment voyez-vous le lien entre la santé de l'eau et celle des sols ?

R : L'eau est un élément essentiel à l'agriculture régénérative, car sans eau, il est impossible de cultiver des plantes de couverture ou quoi que ce soit d'autre. Nous avons vu de nombreux exemples, même dans des endroits comme la Normandie, où certaines cultures de couverture ne poussent pas faute d'eau. Il est impossible de restaurer les sols sans eau en quantité suffisante. Bien sûr, la pratique de l'agriculture régénérative et l'amélioration de la santé des sols permettront de retenir davantage d'eau et de réduire les besoins en irrigation à l'avenir, mais comment opérer cette transition ? Cela peut constituer un obstacle majeur pour les agriculteurs.

Nous avons notamment examiné comment la finance d'impact peut accélérer les transitions. En analysant les raisons pour lesquelles les agriculteurs contractent des emprunts, nous avons constaté qu'ils le font principalement pour l'irrigation. Cela signifie qu'ils cherchent un moyen de développer leurs cultures, ce qui, en fin de compte, contribuera également à la cause de l'agriculture régénérative.

Je pense vraiment que c'est un sujet essentiel, car l'eau de pluie ne contient pas de minéraux et c'est elle qui fait pousser les plantes. Si l'on revient à un système de culture naturel, il faut se rapprocher autant que possible de l'eau de pluie.

sols riches en vers de terre

Un agronome spécialiste des vers de terre effectuant une analyse sur le terrain

Q : Earthworm a convaincu certains grands acteurs de transformer leurs chaînes d'approvisionnement. Comment ?

R : Les entreprises sont influencées par trois facteurs : les ONG, les investisseurs et leurs consommateurs. Notre rôle consiste à catalyser tous ces éléments en réunissant les ressources et l'expérience pratique. Au fil des ans, les grandes entreprises se sont déconnectées de leurs bases d'approvisionnement. Nous leur avons montré qu'il était possible de mettre en place des chaînes d'approvisionnement transparentes, et de ne plus se concentrer uniquement sur le prix et la qualité des produits, mais aussi sur la qualité environnementale et sociale. De plus, nous aidons les entreprises à comprendre l'interconnexion des problèmes à travers le monde. Nous sommes un agent neutre qui travaille avec des ONG et des scientifiques sur le terrain pour résoudre ces problèmes. Il ne s'agit pas de trouver un coupable, mais plutôt de montrer que nous sommes tous responsables d'une manière ou d'une autre.

Je pense que les grandes entreprises comprennent désormais de mieux en mieux le « pourquoi », et nous leur montrons désormais le « comment » : comment mettre concrètement en œuvre le changement ? C'est l'approche d'un médecin : il est gentil et n'est pas là pour vous juger, mais pour comprendre comment vous en êtes arrivé là, comment vous pouvez retrouver la santé et aller mieux. Plus important encore, nous instaurons un climat de confiance, ce qui nous permet de travailler efficacement ensemble à la recherche de solutions. Nous ne vendons pas une solution, nous proposons une approche.

Bastien Sachet sur le terrain.

Q : S'agit-il d'une question opposant l'approche fondée sur la nature à celle fondée sur la technologie ?

R : Nous pensons que la technologie doit être au service des hommes. Nous apprécions le fait que la technologie puisse servir à certaines fins, telles que la surveillance par satellite des cultures de couverture ou de la déforestation. Nous ne préconisons pas nécessairement les solutions technologiques, mais notre équipe est consciente de ce qui existe et de ce que la technologie permet de faire.

Q : Quels sont les obstacles à cette transition durable ?

R : En fin de compte, tout repose sur les personnes. Lorsque les gens veulent vraiment que quelque chose se réalise, ils trouvent un moyen d'y parvenir, mais ils doivent tous comprendre le « pourquoi », le « comment » et le « quoi », qu'ils soient investisseurs ou agriculteurs. Lorsqu'ils sont sur la même longueur d'onde, de grandes choses peuvent se produire.

Mais au cours des 30 à 40 dernières années, nous avons pris une direction complètement opposée, et des tensions sont apparues dans la chaîne d'approvisionnement, générant des profits au détriment des ressources naturelles et du capital. Nous devons régénérer ces relations ET les écosystèmes naturels. Pour cela, il faut rétablir la confiance entre les hommes et envers la nature. Au-delà du travail efficace qui est accompli

La finance d'impact a un rôle important à jouer, notamment en injectant des fonds pour permettre aux agriculteurs de réinvestir dans des solutions efficaces et des méthodes plus modernes, et en leur fournissant un soutien technique et agronomique impartial.

Q : Où en sommes-nous dans notre cheminement vers une agriculture véritablement régénératrice ?

R : Nous faisons des progrès, mais je pense que nous n'en sommes encore qu'à environ 2 ou 3 % dans le monde, car le changement prend du temps. Tout le monde dit « Nous voulons y arriver », mais le financement, les technologies, le savoir-faire et la mise en œuvre ne sont pas encore très répandus. J'ai bon espoir que cela va s'accélérer : dans les dix prochaines années, ce sera LA façon de faire de l'agriculture. Les choses évoluent très rapidement et je pense que la situation va changer.

Dans certaines régions, le lien entre les gens et la terre a été rompu, et la relation avec la terre a été perdue. Les grandes sociétés d'investissement peuvent avoir les meilleures intentions du monde, même envers l'agriculture régénérative, mais si vous n'aimez pas la terre et n'êtes pas en contact avec elle, vous ne pouvez pas mettre en œuvre correctement l'agriculture régénérative. Nous devons donc continuer à faire cultiver les terres et maintenir ce lien entre les gens et la terre.

Les gens nous disent souvent « vous êtes une organisation environnementale », mais en réalité, nous travaillons avec les gens, ceux qui vivent et gèrent les habitats au quotidien. Il est important de garder cela à l'esprit afin d'avoir un impact sur les sols, les forêts et bien plus encore.

Bastien Sachet, merci !

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« L'agriculture régénérative n'est pas extractive, mais plutôt régénératrice : elle reconstitue les sols, la biodiversité et les éléments qui permettent aux plantes de pousser. On peut y ajouter une dimension sociale : en régénérant la nature, on régénère aussi les personnes. » – Bastien Sachet